Bakary FOFANA
Siège de la CENI

Bakary FOFANA

Président de la CENI

Siège de la CENI

CENI TV

 

C’est ce vendredi matin du 30 juin  quand je m’apprêtais à quitter la maison pour le bureau que mon téléphone crépita et au bout du fil mon collègue Souana Doré qui commence à me présenter ses condoléances avant de m’annoncer la triste nouvelle de ta disparition pour toujours, oui pour l’éternité.

Je n’en revenais point.

Des souvenirs sans cesse te concernant me reviennent. Je me permet avec assez d’efforts de relater quelques-uns dans ces phrases que tu ne liras pas étant endormi pour longtemps, très longtemps et pour toujours. Je me souviens de la rencontre que tu as eu avec moi, Souana Doré et Oumul Khaïry Chérif aux premières heures de notre arrivée dans la famille ‘’CENI’’ comme assistants au Département Communication dont tu en étais le patron. Ton premier conseil était ceci : «  Je sais que vous êtes recruté au mérite de ce que vous savez faire en matière du journalisme. Mais ici, votre mission est tout autre. Vous cessez d’être journaliste et vous devenez communicants. N’oublier jamais ce que vous aurez appris dans ce immense monde de faits et d’actes. Je vous souhaite bon vent… »

Depuis cette rencontre tu n’as cessé de nous prodiguer de sages conseils. Coïncidence de patronymie, tu m’as toujours considéré comme ton propre fils alors que c’est à la CENI que nous avions fait connaissance. Mes collaborateurs de Tangué Bah à Ismaël Kabinè Camara en passant par Oumul et Souana sans oublier Aminata Diakité peuvent témoigner que j’étais devenu ton complice. Nos bureaux se faisant face dans l’ancien bâtiment et comme ton bureau n’était jamais fermé tu m’appelais maintes fois dans la journée pour me confier des choses à exécuter soit du point de vue professionnel ou personnel.

 Tu as participé à me coller le sobriquet de ‘’ Sekhoutouréya’’, du nom du palais de la présidence de la république.

Je me souviens aussi que tu ne mangeais point sans me faire signe. Et pour ce faire tu étais diplomate en la matière. Tu ne voulais pas frustrer mes collègues. Tu me faisais appeler par la secrétaire Aminata ou tu te déplaçais de ton bureau pour venir me dire : « ‘’Sekhoutouréya‘’ », vient je vais te commissionner. » Une fois dans ton bureau tu me montrais ce qu’il faut mettre dans l’estomac. Une fois tu m’invitas pour manger du tô, en me disant que ce plat n’était pas commercial et que tu as toi-même donner la dépense pour ce que tu appelas ‘’ Tô djèrèwolo’’ ( du Tô originel).

Ta facilité dans ta collaboration avec tes assistants était connue de tous. Tu étais une bibliothèque d’anecdotes et tu savais le mettre à profit pour communiquer ce que tu voulais faire passer comme message. La langue de Molière, tu le métrisais comme si tu as téter aux seins d’une gauloise. 

Je te revois encore pour une de tes dernières venues à la CENI. Ce jour, c’était le jour du renouvellement des instances de la mutuelle de la CENI. J’étais assis avec mon confrère Alhassane Barry du journal Horoya. Tu m’as fait signe de la main et je me suis approché de toi. Tu m’as demandé si j’étais candidat à un poste et j’ai répondu par le négatif. Tu m’as dit de reprendre ma place et que tu rentrais à la maison.

Quand je suis venu te voir dans ton lit de malade à l’hôpital Sino –guinéenne, tu m’as dit que tu es resté longtemps grabatain et que cette fois tu as trop souffert du fait que tu as perdu le sommeil du jour et de la nuit. Difficilement tu as pu prononcer quelques mots sur la crise à la CENI. Tu as quand même pu me dire que si tu étais présent tu auras trouvé une solution à la crise. Je t’ai posé la question avec quelle stratégie ? Tu m’as longtemps fixé avant de dire à ton fils de te conduire dans ta salle d’hospitalisation, car nous avions échangé dans le jardin de l’hôpital.

Je me souviens de la visite de deux de tes amis d’enfance tous deux colonels de l’aviation militaire avec lesquels tu as rappelé votre enfance et tout ce que vous avez fait tout ce temps. L’un d’entre eux t’appelait Mamadou. Tu as compris que j’étais surpris. Tu m’as dit ceci : « ‘’Sekhoutouréya’’ est surpris d’entendre qu’on m’appelle Mamadou n’est-ce pas? Mon nom complet est Thierno Mamadou Alpha Yéro Condé. » Tu m’as présenté à tes visiteurs en ces termes : «  Ce jeune est mon collaborateur. Il est mon complice. Je lui remettrai demain quelque chose pour vous deux »

Le mot complice tu l’a une deuxième fois utilisé en me présentant à ton grand frère Franco, résidant en Suède. Devant ce dernier, je t’ai appelé directeur et tu as répliqué en me disant que tu es directeur pour les autres et que face à moi, tu es un frère, un père et un complice. Voilà pourquoi tout le long de ce récit témoignage, je t’ai tutoyé. Nommé comme Directeur adjoint du Département Etudes et Sensibilisation, tu m’as menacé en ces termes : «  ‘’Sekhoutouréya’’, si tu te caches de moi, je te ferai venir à la Sensibilisation. Qui sensibilise, communique. » Fin de citation.

Je te vois encore sans fatigue ni gêne faire le triangle entre ton bureau, les miens et celui de ton ami Jho Diagne en nous donnant comme une sorte de leçon de la vie des anecdotes et des conseils et en te prononçant sur des questions d’actualités. Oui, tu m’as aussi dit un jour que tes meilleurs souvenirs sont dans tes séjours Togolais où tu logeais à quelques mètres du palais présidentiel.

 Que de souvenirs. Tu facilitais la conception du magazine CENI INFOS dont tu en étais le Directeur de publications. Tu nous faisait confiance dans ce travail combien rigoureux et fatigant. 

Vas! sans regarder derrière, car beaucoup d’entre nous te voit partir malgré nous. Dors en paix ‘’Complice’’, ferme éternellement les paupières ‘’Directeur’’, ta maladie qui t’a conduit assez de fois à Dakar et à Paris est guérit.

Aly Badara Condé